Les bois du cerf se meurent… à courre, à cor et à cri…

 

 

Les bois du cerf se meurent... à courre, à cor et à cri... dans Mes envies de dire, cerf_fc-220x300

    

Les bois du cerf se meurent… à courre, à cor et à cri… 

  

 Fatigué, épuisé, ayant joué de toutes ses ruses
Il sent son corps faiblir, ses membres se raidir,
Il porte la hotte, devine la présence de cette mort, l’intruse,
Mais, debout, tenant les abois, il mourra en martyr.

 Il a dominé les chiens courants avant l’hallali…
Car le cerf  a donné ses dernières forces, l’âme fière,
Il a même espéré les narguer par un ultime hourvari,
Mais la meute l’entoure, et  l’homme tient sa dague sanguinaire…

 Il se souvient  de ce jeune faon accompagnant sa mère,
De cette livrée qui le protégea dans cette harde,
De ses premiers pivots qui le firent jeune hère,
Hirsute, maigre, adepte d’une vie vétillarde.

 Jeune daguet, son merrain lui conféra alors le titre de cerf.
Il dût alors frayer ses andouillers sur les arbres endurcis,
Porter sa tête altière en paradant sur les prairies hospitalières,
En scrutant la forêt aux alentours, recherchant des futaies et taillis.

 Il se souvient de la chaleur des pointes de bruyères,
De  friandises comme le genet, les ronces et la bourdaine,
De ces lierres si appétissants qui jonchaient le sol, en bannières,
Ou qu’il arrachait aux arbres, quand la gourmandise se faisait soudaine.

 Dissimulé par un pelage roux que l’hiver rendait gris et laineux,
Il était admiré des biches, et savait enorgueillir le saillant de son garrot.
L’époque de la muse le surprit aussi  comme elle surprend  l’amoureux.
Il revoit ses femelles convoitées, les rassurant de son brame de godelureau.

 Certaines avaient d’audacieuses conduites, il a dû vaincre leurs aspirants.
Massacre en avant, il a souvent gratté le sol de ses sabots,
Pour combattre avec ardeur et courage  ses rivaux inconscients.
Il se souvient  de ses élans impétueux forgeant l’admiration de quelques cabots.

 Cette tête couronnée, il l’a portée comme le roi de la forêt, dignement.
Il a amené la confusion dans cette meute en noyant son odeur dans l’eau.
Il a réussi à les perdre de ses forlongers et la course fut épuisante, et traitreusement,
D’autres limiers, venus d’ailleurs, l’ont acculé dans cette ornière, ce caveau.

 Entendant le ré mortuaire des trompes de chasse, il a sauvé son peuple,
En s’éloignant des enceintes où se reposaient les biches et jeunes cerfs.
Sans comprendre sa faute, il agonise sous les  morsures de ces gueules aveugles,
Car les hommes ont habitué ces chiens à tuer les bois morts des cerfs.

 

Fin

 

Poème écrit le 22.09.2012

 

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hallali
Cri de victoire dans la chasse à courre, pour annoncer que la bête est aux abois.

le hourvari
correspond à la ruse de l’animal consistant à revenir sur ses voies pour mettre les chiens en défaut.

les chiens courants
Un chien courant est un chien de chasse dont le but est de poursuivre ou d’attraper le gibier. Il est différent du chien d’arrêt qui désigne au chasseur la présence ..

Le faon, après 6 mois, devient un « hère » et à ses premiers pivots, un « daguet ».

Bois du cerf
Andouiller de massacre: première ramification du bois du cerf à partir de la tête.
Pivot: partie de la tête du cerf supportant les bois.
Merrain: tige du centre de la ramure du cerf.

forlonger
le forlonger consiste à prendre une telle avance que la piste perd sa précision et les chiens vont perdre la trace de l’animal chassé.

l’époque de la muse
‘l’époque de la muse’, selon l’expression justement imagée de Marolles, c’est celle où les biches inquiètes se rassemblent et sont suivies d’abord par les vieux cerfs,

 

 



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