Dans la main de mon père, A St Pol de Léon

Chapelle et cathédrale de St pol de Léon Kreisker

Dans la main de mon père,
(À Saint Pol de Léon)

Je me souviens de ma petite main blottie dans celle de mon père,
Quand il a voulu me raconter l’histoire de ce site légendaire,
Dont seul le vent a pu effleurer et préserver les secrets,
Pour qu’ils restent ancrés dans ces pierres au caractère discret.

J’entends encore le son de sa voix me murmurer les mystères de ces murs,
Pour y cueillir et m’enrichir de tout ce qui fut sa culture :
L’esprit des Carmes résistant encore sur quelques ruines
En murmurant des prières aussi légères et fluides que la bruine.

Impressionnée par ce lion et ce dragon, dressés comme des sentinelles
Sur ce joyau de la Renaissance, mon regard se détourna sur une tourelle.
Mon esprit imagina un flambeau éclairant sereinement cette maison,
Dans laquelle on pouvait contempler des œuvres d’artistes, en toute saison.

Puis levant les yeux, je voyais soudain une demeure de quatre étages,
Qui réchauffait ses ardoises d’une géométrie d’un autre âge.
Elle semblait narguer, avec quelques autres pionnières,
De robustes habitations qui n’avaient que de sombres pierres.

Je me souviens encore de cette cathédrale imposant ses deux clochers,
Dont le gothique avait anéanti le peu de normand des tours effarouchées.
Ils s’étaient fièrement dressés dans cette obscurité moyenâgeuse,
Sublimant de leur fierté le dédale de ces ruelles ombrageuses.

Dans le cœur de cette vieille Dame, se dessine une grande dalle sombre.
Il m’a fallu imaginer des dragons terrassés, pris dans la pénombre,
Vaincus par Saint Paul Aurélien, dont l’histoire s’étale sur les murs,
Les vitraux, les accoudoirs, les miséricordes des stalles et sculptures.

Un grand orgue, orné d’un damier noir et blanc, en trompe-l’œil,
Qui, sur la dalle de Marie-Amice, dans l’attente de son deuil,
Encadré de sages colonnades, la réconforte de sa grâce reconnaissante
Pour atténuer les supplices des martyrs des âmes gémissantes.

Le ciborium en bois, en forme de crosse, symbole de l’éternité,
A su cacher de ma vue, derrière une peinture, avec dignité,
Ses boîtes à chef, enfuies des Etagères de la Nuit,
Pour n’afficher que sa préciosité, et ne pas assombrir mes nuits.

En sortant de cette basilique, pour égayer mon esprit rêveur,
J’aurais aimé entendre le son ce cette cloche celtique, comme une faveur,
Celui qu fut transmis à une autre en résonnant avec les mêmes frissons,
Pour protéger une épine que l’histoire protège sous le cristal de l’unisson.

Mon père me parla de l’ancienne halle, au pied de la cathédrale.
Elle était couverte. J’imaginais une grande salle de bal !
Je voyais des couples dansant, tous en costumes du Léon,
Un mélange de Chicoloden et de chapeaux ronds !

Les femmes portaient une jupe longue de drap noir,
Egayées d’un chemisier blanc, un châle, un tablier en satin noir,
Laissant apparaître la finesse d’un large macramé,
Et les broderies ornaient ce bal costumé.

Les hommes soignaient leur élégance dans le noir d’un costume,
Et sous un gilet à l’espagnole, une chemise blanche selon la coutume,
Nouée d’une cravate, en portant fièrement, ce fameux chapeau
D’un velours noir enrubannée et rond, comme dans la chanson.

Mais mon rêve s’écroula, comme l’avait fait ce toit à longs pans,
Soutenu par ces piliers, laissant le droit d’entrer à la lumière et au vent.
Ce n’était plus ce vestige médiéval, et mon bal devenait marché,
Où on entendait le brouhaha des chalands au pied du Kreisker.

Je me souviens de cette dentelle de pierre s’élevant dans le ciel,
Si haute, si majestueuse, comme si elle voulait attraper le soleil !
J’ai gravi, aidée par mon père, toutes les marches de ce clocher,
Quelle vue, que de souvenirs enfermés dans ma boîte à clichés.

Il est vrai que le spectacle était grandiose du haut de sa balustrade !
Imposant sa force et fier de préserver cet ultime grade,
Ce roi des clochers a dû sa grâce à Napoléon, comme sentinelle !
Il reste le vigile, le veilleur et le gardien d’une terre sempiternelle.

A ses pieds, gisait alors l’ancien cimetière de sa chapelle.
Des gouttelettes d’eau, sur une vasque de granit intemporel,
Viennent y rebondir sur ses contours. La mémoire de mon père,
Me parle de Kerliviry, et de la mettre ici, fut, selon lui, une vraie galère.

Je me souviens du souffle du vent qui venait jouer dans mes cheveux.
L’odeur était présente, la mer était là, et de la voir fut mon vœu.
Alors on a suivit une route sinueuse, celle des Lavoirs.
J’ai en mémoire une fontaine qui ne se tarit jamais, selon l’histoire.

La rue du Port, un nom facile à retenir, on entendait les vagues gémir au loin.
La plage est au bout de cette promenade de Penarth, aménagée avec soin.
Contournant l’îlot Ste-Anne, elle attise le charme des arbres qui la saluent
Et ce roc là-bas, attire nos pas et nous laisse dans une béatitude absolue.

En haut, sur ce rocher Roc’h ar Ged, je serrais sa main.

Fin
Poème écrit le 16 juillet 2019,



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

ABRACADA ... |
Bienvenue sur le site de Te... |
Art,Sculptures |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | deuxc.com
| Eric Boldron,articles...
| LE MEILLEUR FEUILLETON DE L...